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 Rituels et rites : structures du social |
 Avant de nous présenter ce que sont les rituels alimentaires dans les religions, particulièrement dans le judaïsme, Daniel Lindenberg insiste sur la notion clé de rite ou de rituel dans et hors de la sphère religieuse. La ritualisation serait une dimension de toute société, même sans religion (rites de la laïcité, par exemple).
A ce propos, il nous livre le point de vue de plusieurs chercheurs dont Emile Durkheim qui donne, dans son ouvrage "Les formes élémentaires de la vie religieuse", sa définition des rites comme des "règles de conduite qui prescrivent comment l'homme doit se comporter avec les choses sacrées". Et de citer l'anthropologue britannique Radcliff Brown : "Le rituel crée et perpétue des sentiments collectifs avantageux socialement et moralement, ainsi que les représentations qui lui sont liées, assurant ainsi la continuité de la société". Donc rites et rituels structurent le social.Toute société fonctionne avec la séparation du sacré et du profane.
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 Les 613 commandements ou mitzvoth dans le judaïsme |
 Daniel Lindenberg nous parle de 613 prescriptions ou interdits, ou encore "commandements", dans le judaïsme, rythmant la vie quotidienne du juif observant. 613 commandements, dont 328 positifs "Il faut", et 285 négatifs "on n'a pas le droit de". |
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 Les sources des commandements |
 Il y a différents niveaux de textes exprimant la Loi, avec, en premier lieu, le texte originel - la Torah, La Bible ou Ancien Testament, encore appelé "Cinq livres de Moïse" (Pentateuque) - qui en donne un premier état, et sur lequel vont se greffer d'autres, par succession de strates, nous précise Daniel Lindenberg.
Il n'y a pas d'exposé unique, mais des récits pas toujours concordants, du fait des différents rédacteurs, d'époques différentes. C'est aussi pourquoi pour trouver les mêmes décrets divins, il faut chercher à maints endroits dans les textes, et dans divers livres. |
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 Judaïsme ou judaïsmes? |
 Daniel Lindenberg pose la question de savoir s'il existe un ou plusieurs judaïsmes : en France, aux Etats-Unis, en Israël, il existe plusieurs institutions qui enseignent et interprètent le corpus juif. C''est aux Etats-Unis, nous explique le chercheur, que se trouve la situation la plus ouverte : une pluralité de confessions juives (ultraorthodoxe, orthodoxe, conservatrice, libérale, reconstructionniste, etc.).
Le judaïsme est une religion sans autorité centrale. Il montre, à travers son histoire - dès le second Temple - qu'il n'y a pas eu d'unité en son sein et que différents courants ont coexistés tels les Saduccéens, les Zélotes, les Pharisiens, par exemple dans l'antiquité. |
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 La Loi : Torah, loi écrite - Michna, loi orale |
 Daniel Lindenberg rappelle que, dans le judaïsme, le sacré se manifeste partout, dans tous les aspects de l'existence humaine, sans jamais refouler le profane. Sacré et profane sont donc entremélés.
Comme la Torah, de par ses méandres, ne peut pas être utilisée directement comme un code de vie, ses commentaires vont contribuer à y participer. Ils arrivent très tôt. Va apparaître à cette période une nette distinction entre loi écrite et loi orale. Dès la destruction du second Temple, jusque-là transmis oralement, ils commencent à être consignés par écrit dans la Michna - première compilation, - "répétition" ou commentaires de savants de la Loi, la plupart du temps contradictoires, et qui témoignent d'un processus humain ininterrompu de réflexion sur la complexité de la Torah.
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 La Michna et son commentaire le Talmud |
 La Michna, nous explique D. Lindenberg, s'est transmise pendant plusieurs siècles, puis a fait l'objet d'une codification écrite. Les discussions incessantes autour de la Loi se sont développées en Palestine - qui coexistait déjà avec la Diaspora, "dispersion" volontaire ou nécessaire de nombre de Juifs à travers le monde, depuis la plus haute antiquité (exemple de l'Exil de Babylone) -.
L'élaboration du commentaire de la Michna - commentaire du commentaire de la Torah - est notamment dû, remarque Daniel Lindenberg, à la confrontation du judaïsme avec d'autres cultes (polythéisme grec, romain, iranien, christianisme), et à la nécessité pour lui de se définir par rapport à ses autres concurrents.
Le Talmud est le commentaire de la Michna. |
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 Le Talmud, enseignement de la Loi |
 Le Talmud - "Enseignement de la Loi" - est la source la plus importante pour connaître la loi juive. Il est composé de la Michna, accompagnée de son commentaire, la Gemara. Daniel Lindenberg nous les présente. |
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 L'étude du Talmud : un lieu approprié, la Yechiva |
 Le terme "Yechiva" désigne l'endroit où l'on est assis pour écouter un maître. Le Talmud y est un objet d'étude, qui permet de s'aiguiser l'esprit. Cette pratique est considérée comme la voie royale pour s'approcher d'une spiritualité complète. |
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 Des résumés pour l'essentiel de la Loi |
 Résumé des principaux points de la loi juive, composé au XVIe siècle par Yoseph Caro, le Shoulkhan Aroukh (La table dressée), complété par des ajouts - plusieurs dizaines d'années après - d'un rabbin polonais Moshe Hisserless est un texte qui fait autorité dans le judaïsme. |
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 D'autres livres sacrés... |
 D'autres livres sacrés nourrissent le judaïsme. La Kabbale est l'un d'eux. Kabbale vient du mot hébreu Kabbalah, la Tradition. C'est une série de textes - exégèse mystique de la Tora -, dont les plus anciens ont été composés en Espagne au XIIIe siècle, tel le Zohar, de Moïse de Leon (rabbin espagnol). Elle entend percer les secrets de la création, contrairement aux autres écrits du judaïsme dont la plupart semble développer un code juridique, une loi plutôt qu'une théologie. L'interprétation symbolique des lettres hébraïques du texte de la Tora y est primordiale.
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 Le hassidisme : mouvement juif d'Europe orientale |
 Le hassidisme est un mouvement mystique populaire, développé en Europe orientale à partir du XVIIIe siècle, et dérivé de la Kabbale.
Il est aujourd'hui représenté par le courant des juifs observants et se réfère à des dynasties rabbiniques thaumaturgiques (Pologne, Ukraine, XVIIIe siècle). Ce courant mystique met en avant I'idée de rabbin miraculeux. Ainsi, en est-il du mouvement des Loubavitchs à New York dont le chef, le Rabbin Schneerson (Menahem Mendel Schneerson, 1902-1994) avait laissé entendre qu'il était le Messie, au début des années 1990. |
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 Le judaïsme : un questionnement permanent... |
 La Kabbale est une partie importante des textes autoritatifs, et participe aussi à percer le sens métaphysique profond des rites alimentaires. |
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 Les rites alimentaires : le casher, idéal du judaïsme |
 Daniel Lindenberg s'attache à clarifier le terme casher. Il signifie "propre", "approprié". Peuvent être cashers aussi bien un texte, par exemple, lorsqu'il est exempt de fautes, qu'un individu, lorsqu'il est considéré comme apte à une fonction donnée.
L'essentiel pour les juifs est d'appliquer la Loi divine afin de constituer un peuple de "saints", de purs, de prêtres. Chaque individu est convié à se tourner vers le bien, en observant un certain nombre de commandements.
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 Pureté et impureté |
 La nature, dans le judaïsme, n'est pas considérée comme bonne en soi. Daniel Lindenberg nous fait remarquer qu'il y a désaccord avec la conception grecque de l'humanité en communion avec la nature. Le sage grec cherche la communion avec la nature, tandis que le sage juif cherche ce qu'il y a d'humain dans l'homme. Il peut refuser certaines tendances présentes dans la nature voire celles jugées licites dans certaines sociétés humaines (sacrifices humains par exemple).
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 Les temples de Jérusalem |
 Le Temple de Jérusalem était le centre du judaïsme. Il y eut deux temples, dont le premier reste mystérieux d'un point de vue historique, tandis que l'on possède davantage de documents pour le second.
C'est grâce à des historiens écrivant en grec et en latin comme, par exemple, Flavius Josèphe, que nous connaissons assez bien l'histoire du Second temple. A cette époque existe, d'une part, une caste sacerdotale (Saducéens, prêtres du temple), et d'autre part, le peuple qui suit les opposants au Temple - les Pharisiens - qui considèrent qu'il subsiste en ce lieu une forme d'idolâtrie.
Le Second temple est rasé (an 70 : destruction du temple ). Le judaïsme devient une religion du Livre. Considérant que Dieu est une abstraction totale, on peut lui rendre un culte partout sans avoir besoin d'une synagogue, ni d'un prêtre détenteur du monopole de la Loi.
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 Tout homme sert Dieu par sa vie même : le messianisme |
 Chaque homme juif rend un service divin, et ce service est sa vie même.
Daniel Lindenberg nous explique la notion d'ère massianique, où "tout le monde sera juif et personne ne sera juif". Le protestantisme, avec Luther, opère un retour à la vérité du christianisme et va manifester des tendances judaïsantes, par l'intermédiaire de sectes. Ainsi, dans la religion évangélique, nous précise D. Lindenberg, chaque fidèle a le droit d'interpréter, de commenter la Bible. Il examine également l'impact du puritanisme dans la société américaine. |
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 La casherout |
 Les lois alimentaires ont un rapport profond avec la sanctification de l'existence, insiste D. Lindenberg, et avec les notions plus générales de pureté (tahor) et d'impureté (tamé) présentes dans tous les actes de la vie d'un être humain (vie familiale, sexuelle, deuil, relation avec les autres religions, etc.).
Daniel Lindenberg explique ce qu'il faut entendre par "casher", c'est-à -dire ce qu'il est convenable de manger, et plus largement ce qu'il est permis et interdit de manger. Les légumes et les fruits ne font l'objet d'aucune interdiction. |
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 La casherout : de l'abattage de l'animal à la viande |
 Les animaux sont au centre des préoccupations de la casherout dont l'idée est de faire passer l'animal de vie à trépas dans les meilleures conditions possibles. Daniel Lindenberg explique pourquoi et comment se fait leur abattage rituel, que l'on appelle en hébreu chekhita. L'oesophage et la trachée-artère de l'animal (boeuf, mouton) est tranché de façon que le sang puisse s'écouler et la viande devenir quasi exsangue. Les enjeux religieux et économiques sont très importants. Controversée, la chekhita se voit interdite dans certains pays. |
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 La casherout : enjeu religieux et économique |
 L' enjeu religieux mais aussi économique est très important en ce qui concerne la casherout. La pluraité des types de labels casher reflètent les désaccords présents au sein des différentes obédiences juives.
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 Licite ou illicite? : casher ou taref chez les animaux |
 L'interdiction de l'espèce porcine est affirmée dans le judaïsme. Reptiles, batraciens, insectes, entre autres, sont interdits. Quant aux autres animaux, on applique certains critères très précis. Reptiles, batraciens, insectes sont interdits. Pour ce qui est des mammifères, seuls les quadrupèdes ruminants à sabots fendus sont autorisés (boeuf, mouton). |
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 Abattage rituel (la chekhita) et cashérisation |
 On appelle shokhet, le boucher rituel exerçant la fonction d'abattage de l'animal, nécessaire dans toutes les communautés. D. Lindenberg ajoute que la cashérisation de la viande se fait, hormis l'abattage rituel, par trempage dans l'eau puis salaison de la viande avec du gros sel, afin de la faire dégorger de son sang. |
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 La chasse au sang : le cas de l'oeuf... |
 Parmi les animaux propres à la consommation, les gallinacées sont permis (canards, oies,etc.). En revanche, les oiseaux de basse-cour sont exclus.
Un exemple particulier : les oeufs. Un examen minutieux de l'oeuf doit être fait pour chercher tout reste de placenta, et donc de sang, qui interdirait la consommation de l'oeuf. |
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 "Tu ne cuiras point un chevreau dans le lait de sa mère" : des mélanges interdits |
 Daniel Lindenberg part d'un commandement de la Tora : "tu ne cuiras point un chevreau dans le lait de sa mère", pour expliquer l'interdiction de certains mélanges alimentaires dans le judaïsme. L'une des raisons - historique - était de vouloir s'écarter de certains rituels païens, en particulier les sacrifices.
Carthaginois (Phéniciens) étaient adeptes du culte de Baal (sacrifices des nouveaux-nés). |
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 Commentaires successifs des rabbins |
 La logique de prudence des rabbins, exprimée dans les commentaires successifs de la Tora, permet de "faire une haie autour de la Tora". Mieux vaut ne pas faire quand on ne sait pas si on en a le droit ou non.
L'obsession de la pureté se manifeste par l'interdit du mélange : aliments carnés (bassar) et aliments lactés (halav), habillement en tissu
mélangé de laine (animal) et lin (végétal), par exemple. De plus, un juif observant a trois vaisselles : une pour la viande, une pour le lait, une neutre (parve).
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 Et l'alcool ? Le cas du vin |
 Les juifs ont le droit de boire de l'alcool. Cependant, on ne peut pas boire n'importe quel alcool, ni vin car ils doivent être casher. Le mode de vinification est important. Il ne doit pas risquer de servir à des libations païennes. |
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 La casherout vue par les différentes obédiences du judaïsme |
 Le statut de la casherout a été un objet de débat très important entre les différentes obédiences du judaïsme. Daniel Lindenberg nous en présente les caractéristiques.
Ainsi, les juifs ultraorthodoxes maintiennent les lois alimentaires dans toute leur rigueur, tout comme ils essaient de maintenir l'intégralité du joug de la Loi et des 613 commandements. Les "conservatives", les juifs conservateurs, aux Etats-Unis maintiennent les points forts de l'hygiène alimentaire.
Les juifs réformés ou libéraux (minoritaires) ont éliminé les lois alimentaires, de même qu'ils avaient supprimé l'hébreu et disaient les prières dans les langues vernaculaires.
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 Les interprétations de la casherout : de l'horreur du sang à l'horreur de la guerre |
 Daniel Lindenberg nous fait remarquer que la casherout ne se résume pas à manger casher parce que telle est la loi de Dieu, à laquelle il faut se soumettre. Les contacts avec la philosophie grecque ont suscité des réflexions de la part de philosophes juifs, comme Maïmonide, par exemple.
Plusieurs raisons sont attachées à la justification de la casherout. Des raisons diététiques, soulevées par Maïmonide, par exemple, qui considérait que la casherout était bonne pour le corps, qu'elle faisait partie d'une hygiène de vie.
Des raisons philosophiques tel le refus du sang, comme marque de respect de la vie.
Enfin le souci écologique que l'homme préserve l'environnement, qu'il ne se comporte pas en prédateur.
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