Musée de l’Ermitage dans l’histoire du collectionnisme en Russie
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 Début du collectionnisme en Russie par Catherine II (XVIIIe siècle) |
 Dmitriy Ozerkov est l'un des conservateurs du Musée de l'Ermitage (Saint-Petersbourg, Russie), un des plus grands musées du monde. Il est conservateur de l’Estampe française des XV-XVIIIe siècles, et directeur du nouveau projet de l’art contemporain : " Ermitage 20/21", consacré aux deux siècles derniers. Ces deux thèmes sont liés à un thème plus général, celui du collectionnisme. L’histoire du musée de l’Ermitage commence aux temps de Catherine II, dans les années 60 du XVIIIe siècle. C’est le début du collectionnisme en Russie, notamment à la cour. Catherine II achète d’énormes collections de tableaux d'artistes connus en Europe, ainsi que des toiles de peintres contemporains du XVIIIe siècle. La tradition du collectionnisme de l’art contemporain en Russie sera ensuite suivie par d’autres tsars russes comme, par exemple, Nicolas I et Alexandre I. Après la révolution de 1917, le seul art contemporain qui a le droit d'être représenté dans les musées est celui du monde socialo-communiste. L’art du monde "capitaliste" est interdit. On comprend donc qu'en ce début du XXIe siècle, les arts européens, mais aussi américains, ne sont pas représentés. Ce sont ces deux manques que vise à recouvrir le programme «Ermitage 20/21 ».
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 Prémices du collectionnisme en Russie. Prédécesseurs de Catherine II |
 - Est-ce qu’il y avait d’autres souverains collectionneurs avant Catherine II ?
- Bien sûr, Pierre le Grand achetait du Rembrandt, des marines, des vues. C'était un collectionneur pas très passionné mais assez important. Il y avait aussi des collectionneurs privés. Mais leurs collections ne sont pas comparables à celles de Catherine. C’est avec Catherine II que le collectionnisme atteint une grande envergure et devient à la mode surtout chez ses favoris. A la mort de Pierre le Grand, ses collections intègrent l’Ermitage.
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 Nationalisation des collections d'art en Russie après la révolution de 1917 |
 Dans les années 1920, les collections privées de la noblesse se trouvent réunies, mélangées et distribuées entre les musées. L’Ermitage reçoit quelques collections, mais il en perd aussi. Car l'Etat a décidé que chaque grand musée, dans chaque grande ville de Russie, doit avoir un Poussin, un Rembrandt, un Rubens, ... A cette époque c'est l'Ermitage qui a le plus d'oeuvres, il doit donc en donner quelques unes. Entre les musées, il y a aussi des échanges. Ainsi, en échange de ses Rembrandt, Poussins et autres tableaux, l’Ermitage reçoit du Musée Pouchkine de Moscou, la collection de Chiukine-Morozov.
Pour conclure ce chapitre, Dimitri Ozerkov précise que le collectionnisme suit toujours un processus avec des étapes de stabilité, un processus d'unification, de partage, de dispersion, et de nouvelle unification.
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 Biographie intellectuelle de Dimitri Ozerkov |
 Dimitri Ozerkov a étudié l’histoire de l’art, et plus particulièrement le paysage espagnol du XVIIe siècle, à la faculté d’histoire de l’Université de Saint-Petersbourg. Après ses études, on lui propose de travailler à l’Ermitage comme attaché de recherche. La publication d'articles scientifiques le fait connaître. Puis, il est nommé conservateur de l’Estampe française et commence, dès lors, l’étude des estampes. |
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 Recherche sur l'estampe française |
 Dimitri Ozerkov travaille à l’Ermitage depuis neuf ans. Le musée a une organisation spéciale, qui s'appuie sur les expositions. Or une exposition présuppose la création d'un catalogue, qui implique des recherches préalables. D.Ozerkov a préparé nombre d’expositions, seul ou avec des collègues. L’exposition la plus intéressante, selon lui, fut celle qui se nommait «L’éducation de l’amour », elle était composée de 100 estampes provenant de la collection privées des tsars russes, estampes érotiques du XVIIIe siècle. Cette exposition a eu lieu en 2006, et a été présentée à Londres à la fin de 2006. La préparation de celle-ci comprenait une recherche sur le collectionnisme, et une recherche culturelle sur le fonctionnement du discours amoureux de l’époque.
Dimitri Ozerkov décrit cette exposition non pas comme une simple démonstration de l’érotisme, mais comme un érotisme scientifique. En effet, il a essayé de trouver la réalité culturelle autour de l'érotisme de l’époque. En France, il existait des dictionnaires du discours et des termes amoureux. Il a voulu découvrir la réalité du discours amoureux du XVIIIe siècle, y compris en déchiffrant les signes des images. |
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 L'artiste crée-t-il pour lui ou pour le public ? |
 Au XVIIIsiècle, l’art est le travail de l’artiste. Sa place dans le monde, ses clients, ses commissions et ses tarifs sont bien connus. L'artiste crée sur commande, ou il imagine en s'inspirant de l’antiquité et des fables. L’art au XVIIIe siècle est très littéraire, les œuvres se réfèrent souvent à un texte. La qualité de production prime avant tout. De cette façon s'est établie une stratification des artistes. Dans l’art contemporain, c’est tout le contraire. Toutes les voies sont acceptées. Chaque artiste est libre de s’exprimer.
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 Art idéologique en Russie |
 Dimitri Ozerkov considère qu'aux XVIe et XVIIe siècles, l’art officiel est un art idéologique. Ainsi la dénomination des églises d’après les noms de baptême du tsar, c’est déjà une idéologie. D’une façon plus flagrante, l’art devient un outil idéologique pendant la période soviétique. Mais c’est également sous la période soviétique, au moment où l’art officiel devient complètement idéologique, qu’apparaît l’art non-conformiste. L’Etat contrôlait davantage les artistes qui ne pouvaient créer que des œuvres fondées idéologiquement. Ce qui a inspiré les artistes non-conformistes a entré en lutte pour la liberté dans l’art.
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 "Ermitage 20/21" |
 Selon Dimitri Ozerkov, le projet « Ermitage 20/21 » marque le triomphe de l’art contemporain sur l’idéologie en Russie. L’Ermitage a hérité d’un grand bâtiment de 800 pièces, qui se trouve en face du Palais d’Hiver. C’est l’un des plus grands bâtiments historiques de Saint-Petersbourg. Au XIXe siècle, il représentait surtout l’idéologie de l’époque de Nicolas I. Celui-ci est en rénovation, la partie consacrée à l’art contemporain ouvrira fin 2009. Le projet « Ermitage 20/21 » vise trois stratégies : exposer l’art contemporain, constituer une collection permanente propre, montrer l’art du modernisme classique, celui des années 1950-60 qui est manquant du fait de la politique soviétique qui le considérait comme un art bourgeois et capitaliste. Dans le contexte de la mondialisation, il est important de donner la possibilité aux personnes de voir ces œuvres. Le musée de l’Ermitage attire beaucoup de visiteurs, c'est un centre de la vie culturelle, non seulement de Saint-Petersbourg, mais aussi de toute la Russie et de l’Europe.
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 Réaction à l'idée de création du projet de l'art contemporain à l'Ermitage |
 La réaction à l'idée de création du projet de l'art contemporain à l'Ermitage est comparable à la réaction de l’élite intellectuelle face au projet de l’art contemporain au Louvre. Le dernier article de Marc Fumaroli, que j’ai lu autour de l’exposition de Jan Fabre au Louvre, faite par Madame Bernadac était intitulé « Pourquoi au Louvre ? ».
L’idée de créer un musée de l’art contemporain à Saint-Petersbourg est née il y a dix ans. Mais seules quelques petites galeries, qui ne correspondaient pas aux normes de sécurité, ni aux conditions climatiques ont vu le jour. Le directeur de l’Ermitage, Monsieur Petrovski, qui est le père de cette initiative, a compris qu’il fallait faire évoluer les choses et que c’était à nous de le faire.
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 Recherche sur les rêves |
 Dimitri Ozerkov a également étudié les rêves. Pour le moment, comme il nous l’explique, c’est juste une passion. Ce qui l’intéresse en particulier c’est l’interprétation des rêves.
Cette passion a commencée lors de sa lecture de certains poètes russes, comme Marina Tsvetayeva, dont la création poétique était fortement influencée par ses rêves.
D.Ozerkov a beaucoup étudié les rêves dans la poésie et la littérature. Le rêve est une des plus anciennes traditions humaines qui occupe plus d’un tiers de la vie humaine.
Les rêves sont évoqués dans la Bible et traités dans la philosophie grecque. Il existe même un art du songe - onirocritique. Il donne une autre dimension à notre existence, nous permet de nous voir de l'extérieur.
Une curieuse expérience a été vécue par des astronautes à Baïkonur, au centre spatial de Russie. Une constatation non-officielle y a été faite : plusieurs astronautes ont dit qu’ils faisaient parfois des songes très étranges pendant le vol en orbite. Les astronautes se voient de l'extérieur, passant par la terre, avec des jambes et respirant comme un animal. Dans le laboratoire, on prévient les nouveaux astronautes de la possibilité de tels rêves pour qu’ils ne s’en inquiètent pas.
Plusieurs personnes mystiques se sont intéressées à ce domaine. Les rêves ont été étudiés sous différents aspects : religieux (songe de Saint-Jacob, songe de Saint-Joseph), mystique, philosophique, médical ou autre.
Dimitri Ozerkov prépare actuellement une exposition sur le thème du songe qui présentera des tableaux les plus étranges de l’art européen du «Songe du docteur » de Durer jusqu’au « Sleep » d’Andy Warhol. L’exposition n'aura pas lieu avant 2009. Elle clôturera par la projection du film d’Andy Warhol qui présente un homme qui dort pendant huit heures. L’exposition va traiter le rêve à tous ses niveaux : interprétation, critique, alchimie, « From dream to sleep » ainsi que l’évolution de ces termes à travers les siècles. Dimitri Ozerkov souhaite ainsi donner l'image la plus ample du rêve en allant de l’onirocritique jusqu’aux astronautes.
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 Comparaison entre les arts contemporains russe et européen |
 L’art en Russie et en Europe fonctionnent dans des conditions assez différentes. En Europe, c’est un marché de l’art qui a ses tendances, ses lois, ... Alors qu’en Russie c’est plutôt un marché « caché ». Il n’existe pas vraiment un public pour l'art contemporain aux musées. Il faut faire une exposition comme «You say today», un remix de l’exposition du Musée de Londres présenté à l’Ermitage, pour faire venir les gens. Tandis qu’en Europe, toutes les expositions sont bien visitées, il y a toujours beaucoup de personnes qui s’y intéressent, qui prennent des photos, des notes. En Russie, les goûts sont plus classiques et on apprécie l’art par le degré de plaire. L’art contemporain russe est donc fait par les russes pour plaire aux russes. Il faut que le thème soit intéressant pour un acheteur russe potentiel. En Europe, l’expression de l’art et les expositions sont plus diversifiées, l’art est multiculturel.
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 Les recherches à la FMSH |
 Dimitri Ozerkov remercie la FMSH de lui avoir accordé une bourse (bourse Diderot) pour mener sa recherche sur le thème du collectionnisme de Catherine II.
Le projet de Dimitri Ozerkov a pour thème « La bibliothèque d’architecture de Catherine II » et vise un objectif important, celui de la reconstruction de la bibliothèque de Saint-Petersbourg et l’évaluation des livres et estampes par rapport à leur ensemble et en les comparant avec d’autres collections.
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 Présentation par le chercheur en russe |
 Cet extrait contient une présentation du chercheur en russe. Il comprend des informations sur ses responsabilités, ses activités professionnelles et ses recherches. |
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