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 "Guanacache. Les eaux de la soif" : un récit ethnologique de Gregorio Manzur dédié au peuple huarpe |
 Après avoir présenté son invité, Gregorio Manzur, Elisabeth de Pablo expose brièvement le contenu du livre "Guanacache. Les eaux de la soif" qui constitue le prétexte principal de cet entretien avec son auteur. Cet ouvrage est consacré au monde des Indiens huarpe. Elisabeth de Pablo insiste sur le fait qu'il s'agit d'un livre très important pour Gregorio Manzur, activement engagé dans la lutte pour la survie d'un peuple et d'une culture menacés d'extinction prochaine. |
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 El Algarrobal - le village de naissance de Gregorio Manzur en territoire indigène |
 Gregorio Manzur relate brièvement qu'il est originaire d'un village se trouvant en plein territoire indigène dans le nord de la région de Mendoza en Argentine. Ce village a été, encore en 2004 - 2005, le lieu d'une répression brutale contre les indigènes, organisée par une entreprise locale appartenant à Seaboard Corporation (Etats-Unis). Le territoire des indigènes huarpes est une zone désertique et dépend crucialement du fleuve Mendoza, seule ressource significative en eau .... |
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 Une femme huarpe introduit le petit Gregorio Manzur dans les traditions de son peuple |
 Gregorio Manzur relate comment, enfant, il a été introduit par une de ses voisines, une femme huarpe, dans certaines traditions et pratiques du peuple huarpe. Il donne deux exemples : l'utilisation de la plante ruta (graveolens) contre les maux d'estomac et pour "chasser la bêtise du cerveau" ; la pratique de la production d'un feu non-utilitaire. |
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 Les premières excursions dans le monde des Huarpes avec l'écrivain Draghi Lucero de Mendoza |
 Gregorio Manzur cite plus particulièrement l'écrivain Draghi Lucero de Mendoza qui lui servait de "guide spirituel" lors de ses premières excursions en pays huarpe. Par ailleurs, ce pays constitue un monde à part, bien qu'il se trouve à proximité des habitations des "Blancs". Gregorio Manzur a ressenti particulièrement vivement la force tellurique émanant de cette terre, force si présente, si manifeste. |
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 La région de Mendoza au XVIIIe siècle |
 Gregorio Manzur décrit brièvement tant le contexte historique qu'écologique de la région piémontaise de Mendoza en Argentine où habitent actuellement les descendants des Indiens huarpes. Il cite notamment un exemple historique d'imitation d'une technique considérée à l'origine comme primitive par les Espagnols mais qui s'avérait efficace pour se protéger contre les innombrables moustiques infestant le territoire des Huarpes au XVIIIe siècle, région lacustre encore très fertile à cette époque. |
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 Le système espagnol de l'"encomienda" et le métissage forcé, deux causes de la désertification progressive du territoire actuel des Huarpes |
 Une des raisons principales de la désertification de la région autour de Mendoza (région lacustre et fertile il y a encore à peine deux siècles) a été le traitement inhumain des populations indigènes, qui y habitent depuis des millénaires. Gregorio Manzur cite, notamment, d'une part le système espagnol de l'encomienda - c'est-à -dire du regroupement et du déplacement forcés des indigènes tenus en quasi-esclavage par les colonisateurs européens -, et d'autre part le métissage forcé entre indiens et Espagnols, sapant les institutions, traditions et connaissances des premiers. |
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 Les conditions extrêmes de vie des puesteros dans la région mendozinienne |
 Gregorio Manzur s'est attaché à comprendre comment des gens - dans le cas présent, les puesteros huarpes - peuvent survivre dans un environnement désertique et hostile. |
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 Immigration et viticulture au XIXe siècle : deux causes principales de la désertification de la région mendozinienne |
 Immigration planifiée et viticulture à échelle industrielle ont été deux causes principales, comme l'explique Gregorio Manzur, de la catastrophe écologique qui s'est produite à partir du milieu du XIXe siècle dans le sud de la région de Mendoza en Argentine. |
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 Les puesteros à Mendoza et San Juan en Argentine : des conditions de vie précaires |
 Gregorio Manzur cite différents exemples montrant l'extrême précarité des conditions de vie des puesteros huarpes dans les régions désertiques qu'ils habitent - précarité encore accentuée par le fait qu'il s'agit d'une région à la fois écologiquement et économiquement sinistrée. |
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 La communication entre habitats isolés dans un monde désertique |
 Gregorio Manzur décrit le phénomène étrange de la perception des bruits (moteur, rugissement du puma, etc.) à très longue distance due à la qualité exceptionnelle de l'environnement acoustique du désert. C'est cette qualité qui permet, en effet, aux puesteros vivant dans un très grand isolement, de communiquer et de se tenir au courant. |
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 Se faire admettre dans la communauté fermée des puesteros huarpes |
 Grâce à ses origines et surtout grâce à son neveu, parrain d'une petite fille de l''un des puesteros, Gregorio Manzur a réussi à s'introduire dans cette communauté, en soi très fermée, afin de mieux la connaître et d'en apprécier les coutumes, traditions, pratiques et structures sociales. |
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 Des animaux redoutables pour les puesteros huarpes : le lézard matuasto et le serpent corail |
 Malgré son statut d'animal inoffensif et protégé au Chili, le matuasto est pour les puesteros huarpes, en Argentine, un lézard redoutable qui, selon les informateurs de Gregorio Manzur, peut tuer un cheval par "choc électrique". Gregorio Manzur parle également du dangereux serpent corail, très venimeux, et qu'on peut trouver fréquemment sur le territoire désertique habité par les puesteros huarpes. |
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 Une cohabitation difficile avec le puma |
 Gregorio Manzur explique pourquoi le puma - privé de sa nourriture décimée par les chasseurs, le guanaco - est obligé de descendre des montagnes pour se nourrir de chèvres, et ce que pensent les puesteros des stratégies de protection contre le puma qui leurs sont proposées par les défenseurs de ce félin. |
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 Le renard - une espèce protégée mais, dans les croyances des puesteros huarpes, associée au Diable |
 Gregorio Manzur parle du rapport très conflictuel qui existe entre le renard et les puesteros. Pour ces derniers, le renard est un associé du Diable. L'exemple concret de la mise à mort d'un renard par un puestero, à laquelle Gregorio Manzur a assisté, illustre cette vision culturelle. |
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 Le pozo balde : une technique traditionnelle huarpe pour palier le manque chronique d'eau |
 Gregorio Manzur nous décrit une technique traditionnelle de forage d'eau - technique utilisée par les puesteros huarpes pour accéder à l'eau. Cette technique consiste à creuser des puits de 9 m, spiraloïdes, dont le chemin est suffisamment large pour y faire descendre également des animaux tels que chevaux, chèvres, etc. Gregorio Manzur explique les étapes de la fabrication traditionnelle des filtres à eau par les puesteros huarpes. Cette technique consiste à collecter les petites brindilles boisées couvrant les fourmilières, à les mélanger avec une masse argileuse, à cuire la masse argileuse raplatie, à couvrir la masse argileuse cuite avec de la sciure, à faire brûler lentement pendant plusieurs jour la sciure et avec elle les brindilles boisées se trouvant mélangées à la masse argileuse, ce qui crée des micro-conduits dans la masse argileuse cuite pouvant être utilisée ainsi pour filtrer très efficacement l'eau potable. |
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 Les forages d'eau en grande profondeur : des résultats décevants |
 Dans la région de Mendoza, l'eau se trouvant en grande profondeur (entre 150 à 250 mètres) contient du salpêtre et n'est donc pas potable. D'où l'inefficacité des forages modernes pour palier le manque d'eau chronique dans cette région désertique. |
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 L'éblouissante beauté du paysage désertique habité par les Indiens huarpes |
 Gregorio Manzur fait l'éloge du paysage magnifique du désert habité par les puesteros huarpes. |
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 L'habitation huarpe : distinction stricte entre espace d'accueil et espace privé |
 Gregorio Manzur décrit brièvement l'habitation, en général très simple, des Indiens huarpes. Il fait état notamment du profond respect de l'espace privé, intime, de l'habitation, qui ne peut être franchi qu'après invitation expresse du propriétaire du lieu.
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 De l'hospitalité huarpe : silence avant tout... |
 Gregorio Manzur souligne la très grande hospitalité dont font preuve les puesteros huarpes, malgré les conditions de vie économiques très difficiles. Il insiste en particulier sur la fonction importante du silence dans les rencontres et la communication entre les Indiens huarpes. Il en donne des exemples probants et termine en comparant cette vision, cette attitude silencieuse, de parcimonie verbale, avec le "trop plein" d'informations, le bruit médiatique incessant qui caractérisent la vie occidentale. |
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 La guérison d'une vache "à distance" |
 Gregorio Manzur raconte l'étrange histoire de la guérison à distance d'une vache. Or, pour comprendre comment un tel phénomène est possible, il aurait fallu, nous raconte Gregorio Manzur, qu'il s'initiât à la pratique de guérison et qu'il assumât la responsabilité de guérir toute sa vie, ce qu'il refusa. Donc, ayant choisi de rester en dehors du système de croyances huarpe, selon lequel on peut guérir une vache à distance, Gregorio Manzur ne peut avancer ici une explication pour cette pratique, "étrange" du point de vue occidental. |
 00:02:32 |
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 La salamanca : le sabbat des sorcières |
 Gregorio Manzur explique que le Diable chez les Huarpes est une symbiose entre une divinité tellurique huarpe et le Diable chrétien. Il raconte ensuite que ce Diable - El Caballero, El Seniorito, El Mosito - organise des fêtes au milieu de la pampa, les salamancas. Et de nous rapporter une des cinq ou six versions qui circulent, celle d'un ami de son oncle... |
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 Une version actualisée du mythe faustien du Diable |
 Gregorio Manzur nous relate une autre version huarpe du mythe faustien du Diable : un puestero huarpe, creusant un pozo balde, est invité par "El Caballero", le Diable, à voyager avec lui à travers le monde ... |
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 Les gritons ou la frontière entre réalité et mythe |
 Les gritons sont des revenants sans langue, qui cherchent à arracher celle des humains. Gregorio Manzur nous relate ici l'histoire surprenante d'un puestero qui, semble-t-il, s'est battu avec un griton pendant toute une nuit, est rentré ensuite à la maison pour y mourir d'épuisement, après trois jours... |
 00:05:34 |
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 L'ail et l'urine pour se protéger des vipères et des scorpions |
 Un vieux bûcheron huarpe - de presque 90 ans - a raconté à Gregorio Manzur et à son neveu Ruben Diaz comment se protéger efficacement des serpents et des scorpions : en répandant de l'ail finement coupé sur le seuil de la porte et en urinant dessus... |
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 Le Diable dans le rôle du protecteur de la fortune personnelle |
 Un vieux bûcheron, de presque 90 ans, éclaire Gregorio Manzur sur le rôle de protecteur de la fortune personnelle que le Diable (déguisé, par exemple, en chien) endosse, dans l'univers des croyances huarpes.
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 Le Diable dans le rôle de protecteur des guitaristes |
 Un autre rôle de protection qu'endosse le Diable, dans l'univers des croyances huarpes, est celui envers les guitaristes, à condition que ceux-ci ne gagnent pas d'argent avec leur art. |
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 La fête de San José Artesano |
 Gregorio Manzur nous explique que les fêtes religieuses constituent une des très rares occasions pour les puesteros de se rencontrer - et de nous donner l'exemple de la fête de San Jose l'artisan. Lors de ces rencontres, ces fêtes religieuses s'accompagnent souvent parallèlement, sous l'oeil horrifié du prêtre, de fêtes "laïques" tout court, pouvant se prolonger plusieurs jours... |
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 La Vierge Marie, propriétaire de la terre chez les Huarpes |
 Selon Gregorio Manzur, la Vierge Marie est assimilée, dans le système de croyances des puesteros huarpes, à la terre. Avec le Diable, elle est la figure religieuse la plus importante dans l'imaginaire religieux des Huarpes, plus importante que Dieu ou Jésus-Christ. |
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 La complémentarité Vierge Marie - Diable dans la dévotion religieuse des puesteros huarpes |
 Gregorio Manzur insiste sur la grande dévotion religieuse des puesteros, qui partagent "harmonieusement" leur monde religieux entre la Vierge Marie et le Diable. |
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 La vie quotidienne chez les Huarpes : le soin des troupeaux de chèvres |
 Selon Gregorio Manzur, l'activité de subsistance principale des puesteros est l'élevage des chèvres qu'ils acquièrent, petites, lors des fêtes religieuses.
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 00:01:35 |
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 Les déplacements d'un troupeau de chèvres |
 Selon Gregorio Manzur, les troupeaux de chèvres expriment, dans leurs déplacements respectifs, une vraie intelligence dans la mesure où ceux-ci sont motivés par la recherche du pâturage, l'évitement du zonda (un vent très chaud), la recherche de l'eau, etc. Ainsi ce sont plutôt les chèvres et non les pasteurs qui décident, in fine, des déplacements successifs. |
 00:02:35 |
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 Le troupeau de chèvres comme objet d'apprentissage de la chasse aux pumas |
 Afin d'enseigner à ses petits comment chasser et tuer sa proie, le puma prend, selon Gregorio Manzur, comme gibier le troupeau de chèvres. Il en tue un nombre plus ou moins important uniquement pour montrer les gestes décisifs à ses petits et les inciter à l'imiter. C'est un spectacle cruel et qui rend difficile la cohabitation puma/pasteur. |
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 Le monde traditionnel des puesteros huarpes en péril |
 L'absence des structures éducatives et le départ en ville des jeunes met en péril le monde traditionnel des Huarpes.
Gregorio Manzur constate que pour des raisons économiques, les enfants des puesteros sont obligés de quitter leur territoire pour trouver un emploi en ville. En l'absence d'une éducation adaptée et en contact avec la vie citadine, les traditions (fêtes, croyances, structures sociales, etc.) propres au monde huarpe risquent de se perdre rapidement.
En prenant l'exemple du capteur solaire à l'aide duquel les puesteros peuvent obtenir de l'électricité (et donc utiliser radio et télévision), Gregorio Manzur montre que le monde moderne ("occidental") prend doucement le dessus sur le monde traditionnel huarpe. Une route goudronnée bientôt terminée permettra aux touristes de venir en territoire huarpe. Ce qui marquera, selon Gregorio Manzur, la fin du monde des huarpes. |
 00:03:25 |
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 Les moyens de subsistance : l'alimentation chez les Huarpes |
 Gregorio Manzur relate comment chasser pendant la nuit le quirquincho, le tatou dont la viande possède un goût très délicat ressemblant au magret de canard.
Etant donné l'absence des légumineux dans le monde désertique des puesteros huarpes, ceux-ci doivent se les procurer ailleurs. Cependant, c'est pour eux une opération très désavantageuse (prix exorbitants, mauvaise qualité des légumes, etc.) de sorte que le régime alimentaire des puesteros est principalement carné.
Gregorio Manzur revient brièvement sur le fait surprenant qu'en Argentine la viande de vache peut constituer un met délicat recherché parce que rare. C'est le cas des puesteros huarpes, pourtant éleveurs de chèvres. |
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